Le site archéologique de Palmyre sans destruction apparente

La ville syrienne de Palmyre est sous le joug de l’organisation État islamique depuis le 20 mai 2015. Le 22 mai, les satellites Pléiades capturaient une image de son site archéologique, l’un des plus grandioses du Proche-Orient. 3 questions à Jean-Baptiste Yon, chercheur au laboratoire « Histoire et sources des mondes antiques ».

L’interview

Vous avez réalisé une vingtaine de missions sur le site archéologique de Palmyre entre 1996 et 2010. Retrouvez-vous les principaux vestiges d’époque romaine sur cette image ?

Oui. On remarque avant tout, en haut et à gauche, le grand sanctuaire de Bel avec au centre son temple. Ce sanctuaire d’environ 200 m x 200 m a été édifié entre le 1er et 3e siècle après JC. Il était au centre de la vie religieuse de la ville dans l’Antiquité. En bas à droite, avec sa forme en demi-cercle, le théâtre qui n’a jamais été achevé. En dessous, on voit la grande rue à colonnades entre l’arc monumental et le Tétrapyle qui est constitué d’un ensemble de 4 x 4 colonnes monumentales. A côté se trouve l’agora, lieu des réunions publiques et un des endroits où on élevait les statues des bienfaiteurs de la cité.

Ces vestiges vous semblent-ils endommagés ?

Je n’observe pas de dommages visibles. Par rapport aux images disponibles sur Google Earth, ce sont surtout les nécropoles – qui ne sont pas visibles sur ce zoom – qui semblent avoir été touchées, et ce entre 2010 et 2014 avant l’arrivée de l’EI. Ces tombes ont-elles été partiellement enterrées pour les protéger, ou est-ce une conséquence de pillages ? Il est difficile de le savoir.

Craignez-vous pour l’avenir du site ?

Il pourrait y avoir des destructions « pour l’exemple », même s’il est difficilement imaginable de détruire tous les vestiges de Palmyre. L’autre risque est lié aux fouilles et pillages, soit au musée – mais apparemment il a été vidé par les troupes du régime avant la chute de la ville –, soit surtout dans les nécropoles qui recèlent de sculptures aisément monnayables. Des dommages irréparables ont été commis sur d’autres sites de la région contrôlés par l’État islamique, tels Doura Europos ou Mari, le long de l’Euphrate. Ces sites ressemblent maintenant à des champs labourés tant les vestiges ont été fouillés, creusés. Ailleurs, d’autres sites hors des territoires conquis par l’EI ont été l’objet de pratiques du même genre – à Apamée par exemple – ou ont été en partie détruits lors de combats comme à Alep.

Focus : Pléiades est un système français d’observation optique à très haute résolution composé de 2 satellites identiques, Pléiades-1A et Pléiades-1B, respectivement lancés le 17 décembre 2011 et le 1er décembre 2012. Ce système a été développé sous la responsabilité du CNES. Il a été construit et est opéré par Airbus Defence and Space.